Frelon asiatique : 38 % d’abeilles domestiques, et 159 autres espèces au menu
L’abeille domestique représente 38,1 % des proies du frelon asiatique. Le reste de son régime se partage entre mouches, guêpes sociales et au moins 159 autres espèces d’arthropodes.
Ce chiffre vient d’une analyse conduite par quatre institutions de recherche françaises, dont le Muséum national d’Histoire naturelle. Il change la façon de poser le problème apicole.
Ce que révèle l’analyse des proies
Le frelon asiatique est un prédateur généraliste et opportuniste. Il chasse ce qui est localement abondant, et près d’un rucher, ce sont les abeilles.
| Proie | Part du régime alimentaire |
| Abeille domestique | 38,1 % |
| Mouches et autres diptères | 29,9 % |
| Guêpes sociales | 19,7 % |
| Autres arthropodes | Au moins 159 espèces identifiées |
La méthode donne son poids au résultat. Les chercheurs se sont postés au filet à l’entrée des nids, ont intercepté 12 200 frelons et collecté 2 151 proies, identifiées par analyses morphologiques et génétiques.
Le contexte pèse autant que l’espèce. Les colonies urbaines chassent majoritairement l’abeille domestique, tandis que les colonies forestières s’attaquent davantage aux guêpes sociales.
L’ordre de grandeur de la consommation frappe les apiculteurs. Une seule colonie de frelons prélève environ 11,32 kg d’insectes sur une saison, de mars à octobre.
Le vrai dégât n’est pas le nombre d’abeilles tuées
La perte directe par prédation reste supportable pour une colonie en bonne santé. Ce qui met le rucher en danger, c’est la paralysie : sous pression, les butineuses cessent de sortir.
Le mécanisme est simple et redoutable. Des frelons en vol stationnaire devant les planches d’envol suffisent à bloquer les sorties, même sans capturer grand-chose.
La conséquence se mesure en hiver, pas en septembre. Une colonie qui n’a pas butiné pendant les dernières semaines de miellée entre dans la mauvaise saison mal approvisionnée, et c’est là que les pertes se produisent.
La réponse durable reste la destruction du nid quand il est localisé à proximité d’un rucher. C’est l’intervention d’une entreprise certifiée Certibiocide, qu’il s’agisse d’une destruction de nids de guêpes et frelons à Saint-Malo ou de n’importe quel autre secteur apicole du littoral atlantique, particulièrement exposé.
Harpe électrique et muselière : ce que valent réellement les protections
Deux dispositifs ont des résultats mesurés. La muselière réduit de 41 % la paralysie des colonies, la harpe électrique réduit de 89 % la pression de prédation à l’échelle du rucher.
| Dispositif | Efficacité mesurée | Conditions et limites |
| Muselière | − 41 % de paralysie des colonies stressées | Protection individuelle, à poser sur chaque ruche, à retirer avant transhumance |
| Harpe électrique | − 89 % de pression de prédation au rucher | Environ 300 € l’unité ; pose tous les 20 à 30 cm entre les ruches |
| Harpe, montage économique | Efficacité maintenue | Pose toutes les deux à trois ruches, pour limiter le coût |
La date de pose conditionne le résultat. Les dispositifs se déploient dès que les frelons se concentrent sur les ruchers, soit autour de la mi-août en France.
L’impact sur la biodiversité reste faible, contrairement aux pièges classiques. Les frelons peuvent représenter plus de 90 % des insectes tués par une harpe électrique, ce qui en fait un outil sélectif.
La limite est économique, pas technique. À 300 euros l’unité, ces équipements conviennent à un rucher de taille moyenne et restent difficilement accessibles pour protéger de grandes exploitations.

Ce que l’étude dit, indirectement, du piégeage de masse
Les auteurs concluent que l’impact du frelon sur la plupart des espèces sauvages reste limité comparé à celui des méthodes de lutte non sélectives. Le remède peut coûter plus cher que le mal.
Un piège appâté au sucre ne fait aucun tri. Il capture des papillons, des syrphes, des abeilles solitaires et des guêpes indigènes, dans des proportions qui dépassent souvent les frelons visés.
Le piégeage garde pourtant un sens précis. Ciblé, sélectif, posé près des ruches pendant la période de prédation, il protège un rucher identifié à un moment identifié.
La distinction vaut d’être retenue. Protéger un rucher est un objectif atteignable ; réduire la population nationale de frelons par le piégeage individuel n’en est pas un.
Les questions que se posent les apiculteurs
Le frelon asiatique peut-il détruire une colonie d’abeilles ?
Rarement par la seule prédation. C’est le blocage des sorties de butineuses qui affaiblit la colonie, en l’empêchant de constituer ses réserves avant l’hiver.
Faut-il piéger les fondatrices au printemps ?
La mesure est très discutée. La mortalité naturelle des fondatrices est déjà élevée et les pièges non sélectifs déciment des insectes utiles : le piégeage se justifie surtout ciblé, près des ruches, en période de prédation.
À partir de quand installer une harpe ou une muselière ?
Dès que les frelons se concentrent devant les ruches, soit autour de la mi-août dans la plupart des régions françaises. Une pose tardive perd l’essentiel de son intérêt.
Que faire si on trouve le nid ?
Le signaler et faire intervenir une entreprise certifiée. La destruction d’un nid proche d’un rucher est l’action qui réduit le plus durablement la pression, et elle ne s’improvise pas.
Le frelon asiatique menace-t-il les abeilles sauvages ?
Il chasse ce qui est abondant autour de son nid, et l’étude identifie au moins 159 espèces d’arthropodes parmi ses proies. Son impact sur la plupart des espèces sauvages apparaît toutefois limité au regard des méthodes de lutte non sélectives.
Une ruche peut-elle être déplacée pour échapper à la pression ?
C’est possible mais rarement suffisant, les frelons repérant rapidement un nouveau rucher. Les muselières doivent d’ailleurs être retirées avant toute transhumance.