La Dernière Piste : La confiance règne

Comme l’indique un personnage à un autre en parlant de leur périple, le spectateur traverse l’œuvre de Reichardt sans être totalement perdu, mais en cherchant son chemin, pour son plus grand bonheur.

Les signes d’un univers codifié, celui du western, sont là : convoi de pionniers portés par la foi, paysages désertiques livrés dans leur crudité, éclaireur mal dégrossi (et mal rasé), femme de tête, Indien.
L’histoire est celle d’un convoi guidé et perdu par Meek, guide engagé pour l’occasion, et qui erre plus qu’il n’est perdu. La rencontre avec un Indien va cristalliser les doutes, les peurs et les positionnements de chacun.

La beauté du film de Kelly Reichardt vient de ce qu’il parvient à plonger son spectateur dans le même état d’esprit que ses protagonistes, à savoir celui d’un doute constant quant à l’issue du voyage. À aucun moment nous n’en savons plus qu’eux. Nous ne savons pas s’ils sont perdus, si Meek n’est qu’un mythomane un peu trop cuit par le soleil du désert ou un sage, nous ne savons pas si aller au nord plutôt qu’au sud est la décision qu’il fallait prendre. Nous ne savons non plus presque rien des personnages, ce qui prévient une identification trop aisée qui nous baliserait le chemin. Les attentes sont souvent déjouées, comme celle d’une figure masculine forte éclipsée bien vite par celle de sa femme (Michelle Williams).

Dès lors, nous sommes soumis, comme les personnages, au choix de décider à qui accorder notre confiance. Nous sommes invités à accorder ou non crédit aux histoires de Meek, personnage dont la parole fabrique du mythe pour les protagonistes, tout comme le western, en tant que genre, a créé du mythe pour les spectateurs (porté dans un premier élan à rassembler le peuple américain autour d’une idée de lui-même et de son Histoire). Comme les personnages, le spectateur doit choisir de croire, ou de ne pas croire. Nous n’avons, pour appréhender le personnage de l’Indien, que la parole de Meek, et notre propre mémoire de spectateur (comment l’Indien a été représenté dans l’histoire du western).

À aucun moment le film ne délivre d’indice quant aux intentions réelles du personnage (les convoyeurs s’en remettent à lui pour les guider, mais ne va-t-il pas les attirer dans un piège ?), pas plus qu’à propos de son appartenance à telle ou telle tribu (fait-il partie de ces barbares sanguinaires décrits par Meek ?). Notre mémoire de spectateur peut seule nous aider à trouver notre chemin. Nous devons accorder notre confiance (à la cinéaste, aux personnages) sans avoir aucune certitude ni aucune garantie. En cela la démarche du film est très belle. Il s’achève de la plus évidente des manières, confirmant la cohérence de son propos.

Le film est donc avant tout un périple intime, soutenu dans la forme par le choix de la cinéaste d’un format peu spectaculaire et d’un resserrement du cadre autour de ses personnages. Ici, point de cette magnificence des paysages qui réduit les hommes à des silhouettes fragiles, image archétype du genre. Rien n’est sublimé : la cinéaste ne s’envole pas dans de lyriques considérations historiques (même si celles-ci sont bien présentes), mais interroge les acteurs de cette Histoire, dans toute l’opacité de leur aventure intérieure.

Jean-Pierre Fermet (Redact’Yers)

Fiche Technique :
Réalisation et montage : Kelly Reichardt
Scénario : Jonathan Raymond
Musique : Jeff Grace
Avec : Michelle Williams, Bruce Greenwood, Will Patton, Ron Rondeaux
Sorti le 22 juin 2011.

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Une réponse to “La Dernière Piste : La confiance règne”

  1. Marion
    1 juillet 2011 at 10:46 #

    On s’en branle! On veut de l’article Séduction !!!

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