Balada Triste : quand humour noir rime avec poésie !

Balada Triste est à l’image d’un des protagonistes du film : cascadeur à moto pour un cirque, obstinément outrancier, nerveux, généreux dans sa volonté spectaculaire, et finissant toujours par se prendre un mur, jusqu’à l’explosion finale.

Le père de Javier, clown Auguste dans une troupe itinérante pendant la guerre civile espagnole, trouve la mort lors d’une tentative d’évasion manquée orchestrée par son fils, après avoir été capturé par un colonel franquiste dont il avait décimé le régiment. Des années plus tard, Javier, devenu clown triste, intègre un cirque dominé par la figure brutale de Sergio, lui-même endossant le rôle de l’Auguste. Javier va finalement s’éprendre de Natalia, compagne de Sergio

Álex de la Iglesia, notamment connu sous nos latitudes pour les cruels et non moins drôles « Mes chers voisins » (2000), « Le crime farpait »(2004) ou « Crime à Oxford » (2008) explore ici, à sa manière frontale et généreuse, la figure du monstre, qui parcourt toute sa filmographie. Dans un processus narratif ouvertement emprunté aux films de super-héros (trauma initial, création du costume, némésis…), le film envoie au feu un personnage qui tient autant du Joker et du Violator de Spawn pour l’horreur clownesque, que de Peter Parker pour la malchance amoureuse. La scène finale, sur un pont, est d’ailleurs une citation du célèbre épisode de Spider-Man mettant en scène la mort de Gwen Stacy, en 1973, date à laquelle se déroule le film. Cet emprunt à la forme se double, sur le fond, d’une confrontation par le grotesque au franquisme, période dont la représentation pose problème au cinéma espagnol, qui l’aborde souvent sous le prisme du fantastique (voir le merveilleux « Labyrinthe de Pan », de Guillermo Del Toro, en 2006). La manière dont le cinéaste intègre la figure du monstre, sous un avatar super héroïque, aux remous d’une Histoire récente ainsi relue, offre un miroir inattendu au très réussi « X-Men first class » de Matthew Vaughn, récemment sorti.

Sur la forme, Iglesia fonce dans le tas. Plans serrés, caméra toujours mobile, musique omniprésente et appuyée, photographie aux tons sombres et désaturés, tout est fait pour pilonner le spectateur, ne lui laisser aucun répit, l’emporter dans un tourbillon de folie furieuse et outrancière. L’histoire ne souffrirait pas une approche détachée ou analytique, mais ce déchaînement de moyens peut aussi laisser froid si l’on n’est pas séduit d’emblée par le postulat d’un « film cirque » auquel semble nous convier le cinéaste. La générosité du cinéaste ne fait aucun doute. Son absence de malice et son amour bienvenu pour une violence génératrice de rire (qui était l’essence du cinéma au temps du burlesque), non plus. Reste à savoir si passées la stupéfaction et la séduction immédiates, le film saura retenir notre affection.

Jean-Pierre Fermet (Redact’Yers)

Fiche technique :
Année de production : 2010
Écrit et réalisé par Álex de la Iglesia.
Musique de Roque Baños
Avec : Carlos Areces (Javier), Antonio de la Torre (Sergio), Carolina Bang (Natalia)
Sorti en France le 22 juin 2011.

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Une réponse to “Balada Triste : quand humour noir rime avec poésie !”

  1. Jean Bob
    28 juin 2011 at 13:55 #

    Belle critique :)
    Tellement barge le ciné espagnol quand même… ça change des films d’auteur à la french

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